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Glucksmann : le macronisme repeint en vert

en bref

Raphaël Glucksmann prône une « puissance écologique » qui maintient la logique de compétition et de croissance capitaliste

Raphaël Glucksmann appelle à « passer en économie de guerre » pour financer la transition écologique et l’industrie de défense. Cette militarisation de l’écologie privilégie les profits de l’industrie d’armement sur la protection de l’environnement

La taxation carbone de Glucksmann maintient les mécanismes de marché qui ont créé la crise climatique. Ces taxes frappent les populations modestes tout en permettant aux riches de continuer à polluer

Glucksmann oppose la « révolution écologique européenne » à la Chine dans une logique de guerre commerciale verte, ce qui maintient la logique d’accumulation capitaliste.
Seule la coopération internationale peut relever les défis du changement climatique

« Il faut construire une puissance écologique européenne »

Danger public. Le concept de « puissance écologique européenne » défendu par Raphaël Glucksmann révèle une approche fondamentalement capitaliste et donc imcompatible avec l’écologie. En associant « puissance » et « écologie », il transforme l’urgence climatique en nouvel outil de compétition géopolitique plutôt qu’en occasion de repenser radicalement nos modes de production et de consommation.

Cette « puissance écologique » s’appuie sur des mécanismes de marché : fonds souverain européen, taxation carbone aux frontières, investissements verts massifs. Loin de remettre en cause la logique d’accumulation capitaliste, elle cherche à l’adapter aux contraintes environnementales tout en maintenant la domination économique européenne.

Le « protectionnisme écologique » qu’il défend vise à protéger l’industrie européenne face à la concurrence chinoise, non à réduire notre empreinte écologique. Cette approche nationaliste de l’écologie divise les peuples au lieu de les unir face aux défis climatiques globaux.

La véritable transition écologique exige une planification démocratique qui priorise les besoins sociaux sur les profits, la coopération internationale sur la compétition, la sobriété sur la croissance verte. C’est cette alternative que refuse Glucksmann en maintenant l’écologie dans le cadre capitaliste.

« L’économie de guerre verte va sauver le climat »

Non. Raphaël Glucksmann a appelé plusieurs fois à « passer en économie de guerre », une réorganisation totale de l’industrie et de l’économie vers l’effort de guerre. Cette rhétorique militariste détourne l’urgence écologique au profit des intérêts de l’industrie d’armement.

Il propose un fonds européen de défense de 100 milliards d’euros financé par un emprunt commun, présenté comme nécessaire à la « puissance écologique ». Cette confusion entre enjeux militaires et environnementaux révèle la subordination de l’écologie aux intérêts géostratégiques. Surtout, qui fournirait pour 100 milliards de commandes ? Ses amis à Washington, faute de capacité productive souveraine indépendante.

L’économie de guerre implique la mobilisation autoritaire des ressources publiques, l’augmentation massive des dépenses militaires et la priorité donnée aux industries d’armement. Cette logique est antinomique avec la bifurcation écologique qui nécessite des investissements dans les services publics, les énergies renouvelables et la rénovation thermique. Sans parler des conséquences environnementales de la guerre : les ressources d’eau coupées ou polluées, les usines de dessalement d’eau détruites, les bombardements aux produits chimiques comme le phosphore et le glyphosate, les sites nucléaires bombardés et le danger de la contamination nucléaire, les dépôts de pétrole bombardés qui polluent l’air aux composants cancérigènes… La guerre, de facto, détruit et contamine l’environnement. Elle ne peut pas être écologique !

Glucksmann propose même de « mobiliser l’épargne des Français » pour financer cette économie de guerre. Cette ponction sur l’épargne populaire au profit du complexe militaro-industriel révèle le caractère antisocial de son projet.

La paix et la coopération internationale sont les conditions nécessaires à une véritable bifurcation écologique. C’est cette voie que refuse Glucksmann en militarisant l’écologie.

« Il faut taxer le carbone pour sauver la planète »

C’est une illusion dangereuse. Glucksmann prône la « généralisation de la taxe carbone aux frontières de l’UE » et son application sur le continent  comme pilier de son financement écologique. Cette approche marchande transforme le droit de polluer en marchandise achetable par les plus riches.

Les taxes carbone sont socialement régressives : elles pèsent proportionnellement plus sur les ménages modestes contraints d’utiliser leur voiture pour aller travailler, tandis que les plus riches continuent de prendre l’avion et d’habiter dans des logements énergivores en payant l’écotaxe.

Cette taxation s’inscrit dans une logique de « protectionnisme écologique » qui vise à protéger la compétitivité des entreprises européennes plutôt qu’à réduire les émissions. Elle permet aux multinationales de délocaliser leur pollution tout en se donnant bonne conscience. Et d’y ajouter une couche d’impérialisme : grâce aux « marchés de compensation carbone », elles fournissent à des populations de pays émergents ou en développement des matériaux… qui les rendent dépendantes de leurs produits.

Les marchés carbone ont montré leur inefficacité : malgré vingt ans d’existence, les émissions continuent d’augmenter. Ces mécanismes créent de nouveaux espaces spéculatifs pour la finance, détournent l’attention des vraies solutions et retardent les transformations nécessaires.

Seuls le démantèlement des secteurs les plus polluants, la relocalisation de la production et la planification écologique peuvent répondre à l’urgence climatique.

« L’innovation verte européenne va concurrencer la Chine »

Faux. Glucksmann affirme que « la Chine contrôle 60% des chaînes de valeur des industries vertes » et propose de « rompre la corde qui nous enserre le cou ». Cette rhétorique guerrière transforme l’écologie en outil de compétition géopolitique. Elle méconnaît surtout le caractère proprement politique du contrôle chinois en la matière : une politique industrielle publique de long-terme et des partenariats internationaux, exactement l’inverse de la politique promue par les institutions européennes, à base de laissez-faire et de libre-échange.

Il défend un « Buy European Act » qui réserve les commandes publiques européennes aux productions européennes dans les secteurs de la transition. Cette approche protectionniste vise à créer des champions européens de l’industrie verte, non à réduire notre impact environnemental.

Cette guerre commerciale verte maintient la logique d’accumulation capitaliste sous un vernis écologique. Elle pousse à la surproduction de technologies « vertes » pour conquérir des parts de marché, créant de nouveaux besoins artificiels et aggravant la crise des ressources.

Le changement climatique est un défi global qui exige une réponse coordonnée. Opposer l’Europe à la Chine dans une course technologique verte, c’est reproduire les mécanismes nationalistes qui ont mené aux crises actuelles.

Glucksmann reconnaît d’ailleurs voter « 80% des textes finaux avec Valérie Hayer » (Renaissance), révélant sa proximité avec les politiques libérales qu’il prétend combattre. Son « écologie de puissance » n’est qu’un macronisme repeint en vert.