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« La retraite par capitalisation peut sauver le système de retraite »

en bref

La capitalisation relève d’une logique individualiste contraire au principe de solidarité au fondement de la protection sociale française. Elle enrichit les riches et défavorise les personnes précaires, les femmes et les carrières hachées

Elle n’est pas fiable et oblige les travailleurs à porter tous les risques : on enrichit des marchés financiers pendant des années, alors qu’aucuns n’est fiable à 30 ou 40 ans

Un système par capitalisation est extrêmement sensible aux crises : suite à la crise des subprimes, aux Etats-Unis, certains ont dû travailler jusqu’à 75 ans pour compenser leurs pertes

Le passage à la capitalisation nécessite de financer deux systèmes de retraite en parallèle pendant des dizaines d’années : sa mise en place serait un gouffre financier pour installer un système instable

La retraite par capitalisation relève d’une logique d’assurance individuelle, aux antipodes du principe de solidarité qui est au fondement de la protection sociale française. Elle propose une nouvelle marchandisation de la société, une société du chacun pour soi plutôt que de l’entraide. 

La capitalisation force chaque individu à porter les risques de pertes et de faillites, tandis que les fonds de pension profitent. Elle avantage les patrons, qui ne versent plus de cotisations, au détriment des salarié·es, sur qui repose désormais l’effort d’épargne — sans aucune garantie que leur salaire net compensera les pertes sur leur brut. Elle met en concurrence les retraités et les salariés : les premiers ont besoin de geler le salaire des seconds pour que la rémunération du capital augmente, alors qu’en régime de répartition, les retraités ont intérêt à la hausse des salaires. Par ailleurs, contrairement à l’idée selon laquelle la capitalisation financerait l’économie réelle et des petites entreprises, elle alimente en réalité une poignée de fonds de pension, des mastodontes concentrés uniquement sur leurs seuls profits.

Le taux d’épargne des 20 % les plus riches est 10 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres. C’est une retraite à deux vitesses : seuls les plus riches peuvent se constituer un capital suffisant, les autres survivent. Les carrières courtes, hachées, et les temps partiels ne permettent pas une épargne suffisante pour se constituer une retraite décente. Les femmes seraient donc les premières victimes.

La capitalisation suppose de confier une partie de son salaire aux marchés financiers en espérant qu’ils seront encore là dans 30 ou 40 ans pour vous verser une rente mensuelle. Ce n’est pas fiable. De juin 2007 à juin 2008, la tempête financière de la crise des subprimes a réduit de 1 000 milliards de dollars (744 milliards d’euros) – soit environ 10 % – la valeur des actifs détenus par les fonds de pension privés et publics aux États-Unis. Des dizaines de millions d’épargnants salariés ont été ruinés, ce qui les a fait sombrer dans la pauvreté ou les a contraints à repousser leur départ à la retraite jusqu’à 75 ans.  Au Japon, de 1992 à 2013, les actions ont même perdu 3% de leur valeur la période – un retraité par capitalisation aurait payé chaque année des pertes !

Enfin, le passage à la capitalisation est absurde, car cela reviendrait à financer deux systèmes de retraite en parallèle pendant des dizaines d’années. Les actifs devront payer deux fois pour faire la transition : une première fois pour continuer à payer les pensions des retraités actuels, et une seconde pour se constituer leur propre épargne retraite. Introduire seulement 10 % de capitalisation coûterait 300 à 400 milliards d’euros.